Education / Apprentissage : l’apprentissage de la vie

Je vous propose une réflexion sur la vie et son apprentissage permanent.
En effet, si nous souscrivons à cette vision de notre existence, elle peut changer notre compréhension des besoins de nos enfants, donc de notre rôle et de nos responsabilités de parents. Elle peut aussi nous permettre une approche différente des épreuves auxquelles nous sommes confrontées.

Nous sommes ainsi faits que, bien souvent, seule l’épreuve nous oblige et donc nous permet de changer de comportement, d’attentes, de réalités : d’évoluer.
Quand nous allons bien, nous cherchons surtout à ne rien changer : c’est l’immobilisme.
Tout au long de notre existence, nous sommes confrontés à des évènements qui nous obligent à agir, à prendre des décisions et donc à faire des choix. La vie n’est qu’une succession d’opportunités que nous saisissons ou pas.
Quand nous prenons la route, nous avons besoin des panneaux indicateurs et maintenant de GPS pour atteindre notre destination, sans pour autant perdre notre liberté du choix de la destination et du chemin : l’autoroute, les nationales, les petits chemins vicinaux ou un mixte.
Nous les appréhendons comme une aide et ils nous sont même indispensables pour nous repérer, sinon seul notre sens de l’orientation nous conduirait, à l’aveugle.
C’est pourtant bien souvent ainsi que nous conduisons notre vie, notre destin, à l’aveugle mais surtout trop souvent de façon immuable, sans droit aux changements.
Et pourtant, la vie n’est qu’un perpétuel apprentissage.
Enfants, nous faisons l’apprentissage de la marche, de la parole puis de la sociabilité et de l’autonomie.
Mais une fois adultes, nous considérons que nous savons, que nous n’avons plus droit à l’erreur : il n’est pas question de se tromper ni de changer d’avis.

Et pourtant, notre apprentissage ne fait que continuer : dans notre vie professionnelle où la formation continue est mise à l’honneur, dans notre vie en couple avec ses crises et ses concessions, dans notre rôle de parent qui évolue au fils des âges de l’enfant.
Même à 60 ans, il faut faire l’apprentissage de la retraite et de ce changement de vie et de statut. A 80 ans, il faut faire l’apprentissage de la fin de vie qui approche.
Depuis deux ans je fais l’apprentissage de l’écriture, et je ne suis encore qu’une débutante.
De notre naissance jusqu’à notre mort, la vie n’est qu’un apprentissage, et c’est une information fondamentale qu’il faudrait partager le plus tôt possible avec nos enfants.

Nous naissons avec un potentiel inné, génétique mais pas seulement. Puis c’est la succession des apprentissages qui nous révèlent et forgent notre personnalité. Ce que nous allons devenir se construit au fil des âges et des étapes de notre vie, l’enfance, l’adolescence, l’âge adulte, la vieillesse et au fil des choix que nous ferons, les études, la carrière, le mariage et la parentalité. C’est un processus inéluctable.
Le cœur de notre personnalité est notre état d’être intime, le bien être ou le mal être qui régissent notre vie, le degré d’équilibre entre nos aspirations et la réalité à laquelle nous sommes confrontés. C’est la manière dont nous allons nous vivre, vivre les autres et vivre notre vie. C’est l’expression de notre vitalité, le reflet de notre énergie intime.
C’est pourquoi le mode d’apprentissage est le fondement du devenir de notre personnalité, le modèle auquel nous allons nous référer pour oser ou non les différentes opportunités que la vie nous propose.

Le dictionnaire Larousse donne cette définition : « Entrer en apprentissage : initiation par l’expérience à une activité, à une réalité. »
L’apprentissage est une initiation, une coopération entre l’éducateur qui propose la découverte de l’expérience et l’apprenti qui va s’approprier cette expérience, cette réalité. Mais cette réalité doit être la sienne, son vécu fonction de ses acquisitions et de son potentiel : sa réalité d’enfant et non celle de l’éducateur.
C’est grâce à cette collaboration que l’enfant s’initie à la vie mais c’est aussi par elle que le parent devient éducateur.
Apprendre consiste à s’approprier une connaissance que l’on a expérimentée, comprise et qui va s’intégrer dans le processus productif de notre conscience et ensuite de nos réflexes acquis.
Apprendre sans appropriation revient à reproduire ce qui nous est imposé, sans aucun bénéfice. C’est laisser d’autres s’approprier notre libre arbitre, notre perception, notre créativité, notre évolution.
Apprendre, expérimenter, c’est accepter de se tromper, de recommencer, d’intégrer de nouvelles informations pour comprendre, de se remettre en question.
Accepter d’être un apprenti de la vie, c’est se reconnaître le droit à l’erreur, seule porteuse d’enseignement. Le droit à l’erreur n’est pas le droit à l’irresponsabilité. Au contraire, c’est pour la prévenir.
Le droit à l’erreur est le seul remède à la culpabilité, si mauvaise conseillère.

Accepter l’erreur est en réalité beaucoup plus simple. Je me suis trompé(e), voilà. Maintenant, l’important est de comprendre pourquoi.
Cette constatation, ce droit à l’erreur que l’on doit s’accorder est également une porte qui s’ouvre vers la compréhension et l’indulgence car il implique d’accepter le même processus pour l’autre, lui aussi en apprentissage.
Ne pas se sentir fautif permet aussi de ne pas avoir peur du jugement des autres et ainsi pouvoir au contraire échanger sur sa difficulté, la mettre en question.
Une remise en question implique un cheminement : un questionnement après une analyse de la situation et une recherche de réponses, de solutions. C’est l’apprentissage de la responsabilité et de la liberté.
Une remise en cause ne cherche qu’à établir une erreur, une faute et désigner un coupable ou à minima un responsable, celui qui va porter la faute.
Ne pas reconnaître et ne pas prendre en compte son erreur pour éviter de vivre ce sentiment si insupportable qu’est la culpabilité, c’est aussi continuer à voir la situation sous le même angle. Et non comme une interrogation sur sa propre vision, sur sa propre perception, sur sa propre subjectivité ou tout simplement d’un manque d’information sur l’autre, sur la situation.
Reconnaître l’erreur, la nommer est la phase obligatoire car nécessaire pour comprendre pourquoi et essayer de ne plus la reproduire. Tant que la bonne, la juste attitude n’est pas au rendez-vous, l’échec est au bout de l’expérience qui n’en finit plus de revenir sous une forme ou une autre.

Le choix entre l’acceptation et le refus de la remise en question face à une difficulté fait toute la différence dans le processus de l’apprentissage, quel qu’il soit. L’un sera libératoire quand l’autre n‘est que douloureux.
Ce choix sera le modèle proposé à l’enfant dès l’étape de l’apprentissage de l’autonomie et influera ensuite tout au long de la construction de sa personnalité.
Accepter d’être un apprenti de la vie, c’est accepter de ne pas tout savoir, de ne pas être le parent parfait, ce qui est le pire modèle pour un enfant.
Le modèle de la perfection a toute chance de ne pas être accessible à l’enfant, la barre est trop haute. Il n’est pas possible de dire ses lacunes à un modèle si exigeant. La peur de décevoir et en conséquence de ne plus être aimé s’immisce dans le fonctionnement de l’enfant et finit par imprégner sa personnalité.
De plus, c’est un modèle fixe qui lui imposé, et non choisi fonction de ses atouts et de ses capacités propres. L’enfant n’a pas son mot à dire. Il est dans la reproduction et non dans l’apprentissage. Se vouloir un parent parfait n’est pas une motivation d’amour mais d’orgueil. C’est un besoin de toute puissance.

Envisager, dans son rôle de parent, d’être dans l’apprentissage et d’évoluer avec l’enfant ne veut pas dire partir à l’aventure la plus totale et laisser faire la politique de l’enfant Roi, sans aucun repère ni aucune règle.
Un enfant a besoin de repères pour s’orienter. Un enfant a besoin de lois pour se socialiser, de règles pour canaliser ses actions, ses découvertes.
Les repères sont des limites, des contours définissant des champs d’action régit par des règles. Ce sont des lignes qui doivent être évolutives en fonction du degré d’autonomie de l’enfant.
Il est parfois difficile de donner des repères que nous n’avons pas nous même.
Ainsi, les repères que nous allons définir consciemment ou inconsciemment pour nos enfants sont les transcriptions de notre personnalité, un melting pot de nos valeurs, de celles qui nous ont été inculquées, des compromis acceptés ou subis et de beaucoup de nos propres limites, de nos propres interdits, de nos peurs.
Pour permettre à l’enfant de ne pas subir des repères trop restrictifs, il est utile de s’interroger sur nos peurs.
A chaque injonction de prudence : « Attention ! » « Non, c’est dangereux ! » « Ne touche pas, tu es trop petit ! », il est intéressant de se questionner sur la réalité et le degré du danger. Ou sur notre indisponibilité ponctuelle pour cette sollicitation ou encore sur notre peur qu’il arrive quelque chose, d’être responsable d’un échec, d’une douleur pour l’enfant. Et c’est bien sûr, la préoccupation instinctive de tout parent aimant.
Cependant, il sera difficile à un enfant d’avoir confiance en lui pour affronter le monde extérieur s’il a entendu, dès l’apprentissage de la marche, que tout est dangereux ou que tout est sale, et qu’il ne peut pas lâcher la main de son parent pour y arriver tout seul.
Il faut lui tenir la main quand c’est nécessaire et lui expliquer pourquoi. Mais aussi aller à des endroits sans danger pour qu’il puisse s’exercer seul à cette nouvelle autonomie.
Ainsi on donne aux petits des ciseaux, qui ne coupent pas, pour qu’ils apprennent le découpage et des couteaux sans dents pour apprendre à couper leur nourriture. C’est absurde comme le démontre l’enseignement de Maria Montessori. Il est préférable de leur donner des vrais ciseaux et couteaux, de leur montrer qu’ils coupent, que cela peut être dangereux, et leur permettre l’expérimentation sous surveillance, jusqu’à la complète assimilation par l’enfant de la manipulation de l’outil.
Et pour chaque étape de l’apprentissage de l’enfant, l’accompagnement se transforme, se retire de l’action pour autonomiser l’enfant mais reste à l’initiative des propositions pour le cheminement de cet apprentissage.

La fonction parentale est cet accompagnement, cet apprentissage : donner confiance en lui-même à son enfant en l’accompagnant dans la découverte de ses potentiels.
Elle ne peut donc pas être définie par des recettes préétablies, par des modèles prédéfinis à appliquer.
Dans une fratrie, à éducation identique, aucune personnalité sera semblable à une autre, chaque relation sera unique et chacun fera un apprentissage différent.
Pour grandir, pour apprendre, un enfant a besoin de pouvoir exprimer son potentiel, son rythme d’évolution et pour cela il a besoin de sécurité, de sentir qu’il est aimé et soutenu pour ce qu’il est. Il a besoin d’être accompagné dans sa découverte de lui, de ce qui l’entoure au fil de l’élargissement des cercles de son évolution.

Quel que soit la situation, pour comprendre les besoins d’un enfant, il est nécessaire de comprendre les grandes étapes de l’évolution de sa personnalité.