Divorce / Séparation : la culpabilité et l’égo

La culpabilité n’est que le constat insupportable, pour notre ego qui a tendance à se croire parfait, de notre limitation.
Nous ne savons pas tout, nous ne sommes pas bons en tout, nous nous trompons et nous pouvons même être faibles.
Ce constat nous plonge froidement dans un sentiment de honte, puis nous englue dans la dévalorisation.
Ce vécu est douloureux et instinctivement nous nous en protégeons.
L’égo est notre premier bouclier, notre sauveteur.
C’est la petite voix qui nous fait croire que nous avons toujours raison, que nous sommes les plus beaux (belles) dans notre miroir et que nous savons.
Il est là pour nous rassurer sur nous-même.

Selon la force de l’égo, son pouvoir et son modèle de construction, le degré de sa manifestation dans les rapports à l’autre, en général et plus particulièrement avec le conjoint et les enfants, sera plus ou moins équilibré.
L’égo peut ne révéler qu’un amour-propre timide et facilement bafoué, une résignation synonyme de dévalorisation, s’il n’a pas pu se développer dans l’enfance. Il peut aussi se développer dans la recherche du pouvoir sur l’autre, jusqu’à l’omniprésence de l’égoïsme, de la paranoïa, de l’autoritarisme ou de la fatuité, jusqu’à l’indifférence du sociopathe.
L’une comme l’autre de ces manifestations sont le plus souvent la conséquence d’un effroyable sentiment d’infériorité, de culpabilité, enfoui depuis la petite enfance, lors de la construction de la personnalité.
Cette blessure a été très douloureuse dans les deux cas.

Notre égo est gentil et bienveillant avec nous et cette aide nous est d’ailleurs utile et nécessaire pour ne pas nous diluer dans l’autre.
Mais il peut aussi nous aveugler, nous induire en erreur, nous masquer une réalité moins glorieuse sur nous-même que nous ne souhaitons pas voir car elle nous renverrait vers une émotion trop dévalorisante.

Dans un conflit, notre égo se comporte en sauveteur. C’est le héros qui sait et qui vient défendre son maître, la victime blessée qui est en nous.
Son arme est la culpabilisation de l’autre.

Pour le parent qui est victime de l’abandon, du rejet, sa douleur et sa colère, son égo, le pousseront vers la culpabilisation, quand elle n’était pas déjà installée dans le fonctionnement du couple et responsable de la rupture amoureuse.

Dans le développement d’une dispute ou d’un conflit, nous sommes tout à la fois victime et bourreau, sous l’emprise chacun de notre propre sauveteur.                                                        
Pour rendre l’autre responsable, la culpabilisation se fondera sur l’exaspération d’un défaut, ou sur la mauvaise foi. L’objectif est la dévalorisation de l’autre pour justifier la déception. C’est l’autre qui est fautif, qui est coupable.

La dispute est l’alibi. Ce fonctionnement peut devenir quotidien, tant les « fautes » peuvent être bénignes, ordinaires, car elles ne sont que des prétextes pour révéler la souffrance engendrée par le vrai problème, le vrai malaise : l’incompréhension qui engendre le sentiment d’injustice, la déception et la rancœur.
C’est le scénario classique du conflit qui est provoqué pour obtenir gain de cause sur un désaccord ou pour manifester sa rancune. L’objet et l’importance du désaccord pouvant devenir subalternes pour laisser place à une question de principe.

La victime déclarée est le personnage qui déclenche le conflit. C’est celui qui se dit victime. Son égo le conforte dans ce positionnement.
Le bourreau est bien sûr celui qui inflige une souffrance à la victime.
Et pourtant, il est lui aussi victime d’une agression, un reproche pour une faute commise. Il est remis en cause, confronté à sa faiblesse et son bourreau est l’accusateur, la victime.
Son ego va arriver en sauveteur en rétorquant aussi par une excuse ou un argument en forme de culpabilisation de l’autre. Ce n’est pas de sa faute.

Prenons un petit exemple de la vie de tous les jours, qui semble bien anodin et pourtant…
Monsieur rentre à la maison, le soir. Il est en train de poser son manteau.
Madame arrive : « Tu as encore oublié le pain » ?! « Ce n’est pas possible, je ne peux absolument pas compter sur toi. C’est la seule chose que je te demande pour les courses, je me tape tout le reste, les enfants, les repas, le ménage et le linge, et tu n’es même pas capable de penser au pain » !
Dans ce cas, l’égo de Madame qui est blessé de tout ce qu’elle énumère dans sa plainte, lui dit que c’est injuste et que c’est l’autre qui est responsable. Il rend ainsi la colère et l’attaque légitime.
Cependant, Monsieur est lui aussi victime d’une agression, un reproche pour une faute commise.
Il est remis en cause, mis en face de son erreur et son bourreau est l’accusateur, la victime.
Son ego va arriver en sauveteur en rétorquant aussi par une excuse ou un argument en forme de culpabilisation de l’autre. Ce n’est pas de sa faute.
Monsieur réplique : « Moi aussi, j’ai beaucoup de travail et tu crois que je le ramène comment le salaire à la fin du mois ? Et j’ai des problèmes à régler beaucoup plus important que le pain. Tu m’emmdes ! »
Et chacun a intrinsèquement raison.

Dans ces rapports de force chacun est le bourreau et la victime de l’autre et c’est toujours le même duo qui se rejoue, seul le sujet, le prétexte change mais ni la forme, ni le fond.
Et le fond, pour chacun, est bien souvent de vouloir, consciemment ou non, que l’autre réponde à son attente, qu’il soit conforme à l’image qu’il s’est créée de lui, au phantasme capable de calmer son besoin d’amour et de réassurance.
Alors ce sentiment de déception, cette blessure de l’égo, nous entraîne à provoquer un conflit pour dire cette trahison.
Et la tournure des phrases, le ton et les mots choisis sont alors autant de blessures que nous infligeons à l’autre, à la hauteur de notre douloureuse déception ou de notre détresse.

Nous reparlerons de l’égo et de la notion de faute dans l’approche de l’apprentissage de la vie.