Le développement de l’enfant (2 ans – 6 ans) – La période du « Non » et la frustration

L’apprentissage de l’indépendance de l’enfant

Après l’apprentissage de l’indépendance par la motricité, l’enfant acquiert le langage jusqu’à 3 ans et ainsi se confronte à l’apprentissage de l’opposition par le « Non ».
C’est l’âge où il va commencer à conceptualiser sa différenciation, son existence propre qui se détache petit à petit du magma familial et de son premier cercle.

Pour les parents, c’est une phase de transition entre la fin du pouponnage et le début de l’éducation.

Et pour commencer ce long parcours, les parents sont confrontés à la première période d’opposition, entre 18 mois et 2 ans, le fameux « Non » à tout, pour manger, pour aller dormir, pour s’habiller, venir au bain ; tout est prétexte au non car l’enfant doit s’affirmer pour exister en tant que petit individu, pour poser les bases de sa personnalité. Il affirmera ensuite cette personnalité lors de la deuxième phase d’opposition :  la « crise d’adolescence ».

La période du « Non » chez l’enfant : l‘apprentissage de l’opposition

L’enfant sort d’une période de tout puissance puisque depuis sa naissance, ses moindres besoins régissent sa vie et la vie de son entourage.

Mais depuis qu’il commence à marcher, des règles, des interdictions, lui sont imposées.
Et ses parents lui opposent beaucoup de « Non » : « Non, ne touche pas à cela », « Non, ne t’approche pas », « Non, tu es trop petit ».
De plus, l’enfant est confronté à des consignes, à des ordres, alors que jusqu’alors les adultes étaient tout dévoués à ses besoins.

Il n’est plus le maître, et tente de s’imposer.

L’enfant va devoir s’opposer pour s’extraire de la relation fusionnelle qu’il entretient avec le parent avec qui le lien est le plus fort, le plus souvent sa mère, ou celui qui met le plus de discipline, souvent le père. C’est donc avec la mère que l’opposition pourra être la plus forte, ou la plus quotidienne. Plus le lien est fort, plus il peut y avoir d’opposition si l’enfant a du mal à naître à lui-même.

A cette période, le petit garçon va aussi se vivre en rivalité avec son père. Il doit accepter de perdre son sentiment de toute puissance sur sa mère en particulier et se confronter à l’interdiction, à la loi.

Une petite fille jouera d’instinct et par imitation à la poupée, à la maman et elle testera sa séduction, son pouvoir sur son père, le premier homme de sa vie, dans sa période d’opposition à sa mère pour se détacher du lien maternel et se différencier.

Pour arriver à se détacher, l’enfant a besoin d’être sécurisé, il ne faut pas qu’il ait peur de perdre l’amour de son parent. Sinon, la période d’opposition ne sera pas dépassée et l’enfant risque d’avoir plus de mal à s’autonomiser et à prendre confiance en lui.

Chaque enfant est différent, même dans une fratrie, et la réponse au « Non » de l’un ne sera pas obligatoirement identique au « Non » d’un autre.

La période d’opposition qui est nécessaire et bénéfique ne doit pas s’installer durablement dans le temps, ni évoluer dans une démarche de provocation. Sinon, elle est signe d’une perturbation, d’une insécurité ou d’une souffrance de l’enfant.

Cette période du « Non » dure généralement quelques mois, jusqu’au moment où l’enfant pourra poser un « Moi », personnalisé par son prénom balbutié avant d’affirmer le « Je ».

Il faudra encore au moins 2 années à l’enfant pour trouver sa place dans la relation parentale et dans la famille, surtout si c’est un premier enfant ou un enfant unique.

L’apprentissage du partage et de la frustration est plus précoce dans le contexte d’une fratrie.

L’apprentissage de la frustration chez l’enfant : la sociabilisation de 3 à 6 ans

Dans cette période, l’enfant teste son pouvoir sur ses parents et a besoin d’expérimenter les limites de son champ d’intervention dans l’environnement physique et psychologique.

C’est l’âge de la recherche des limites, des repères et de la confrontation à la frustration.
C’est une période qui va poser les bases du rapport que l’enfant va développer avec ses parents, de sa perception de l’autorité parentale d’abord puis de l’autorité en général, plus tard.

Cependant, avoir de l’autorité ne veut pas dire imposer une éducation non individualisée.
A l’inverse et comme je l’évoquais dans l’apprentissage de la vie, laisser faire la politique de l’enfant Roi, sans donner aucun repère ni aucune règle est contraire à la mission d’éducation de tout parent.
Un enfant a besoin de limites et de frustrations pour se construire et se sociabiliser.

Les limites sont des repères, des contours définissant des champs d’action régis par des règles.
Mais tous les enfants n’ont pas besoin des mêmes limites, des mêmes repères.
Il s’agit d’être vigilant à l’adéquation entre nos principes, nos demandes et les réels besoins de l’enfant ainsi que son potentiel à les comprendre et à y répondre.

C’est aussi la période où l’enfant va connaître la jalousie dans le contexte d’une fratrie existante, si un bébé arrive et plus particulièrement s’il était le premier.
Et d’autant plus dans le cadre d’une famille qui se recompose pour l’un ou l’autre de ses parents, et particulièrement quand c’est avec un autre conjoint déjà parent.

 

 

Il se confronte à ne plus être le seul acteur dans sa relation avec ses parents. Et la jalousie s’accompagnera le plus souvent de culpabilité.

Les enfants vers 5/6 ans peuvent ressentir des élans amoureux pour un ou une camarade, mais ils entrent ensuite dans une période de latence, de calme sexuel, jusqu’à l’adolescence ou la préadolescence.
A partir de 6/7 ans, les garçons et les filles préfèrent ne pas se mélanger, ils se développent et se socialisent en bandes unisexuées, chacun de leur côté.

Entre la naissance et 6 ans, la grande vulnérabilité des enfants dont les parents se séparent réside dans les répercussions de la séparation sur le lien avec ses deux parents.
Avec la mère il existe un risque de surinvestissement affectif quand elle est « victime » de la séparation.
Avec le père, le risque le plus fréquent est le délitement du lien avec l’enfant, alors que son rôle devient primordial à partir de 6/7 ans, pour l’enfant et pour la mère.

Car à partir de 7 ans commence la phase des trois étapes de la construction de la personnalité la plus intense dans l’investissement éducatif.
Et cette étape dépend beaucoup de la nature de la relation développée depuis la naissance entre l’enfant et le parent.