Médiation – Et s’il n’était jamais trop tard pour régler un conflit ?

Récit d’une expérience dans un contexte de famille recomposée

Au début de ma collaboration avec la Cour d’Appel, j’ai été missionnée pour tenter de trouver une solution dans un dossier qui revenait inlassablement et épuisait la justice depuis six ans.

Le problème était un conflit autour des droits de visite et d’hébergement d’un enfant qui devait se déchirer entre deux parents qui vivaient chacun en famille recomposée.

En effet, chacun était avec un conjoint avec enfants qui eux aussi vivaient sur les rythmes des droits de visite et d’hébergement un week-end sur deux et des moitiés de vacances scolaires.

Le cadrage des roulements et des plannings entre les parents/conjoints et tous les enfants concernés était source de désaccords récurrents que les procédures en représailles n’avaient faits qu’exacerber. Il n’y avait plus aucune communication entre les parents.

C’est l’enfant, alors âgé de 11 ans, qui était le messager, en l’attente des décisions judiciaires. Ce contexte qui faisait de lui un vrai punching ball, avait fini par générer des perturbations au niveau de sa santé, de sa scolarité et bien sûr de son comportement en général.

Six mois plus tard, les procédures ont été classées définitivement.
Les parents avaient rendu les armes devant l’intérêt de l’enfant défendu par un tiers qui leur permettait de poser les armes, sans aucun jugement.

Nous ne parlions plus du passé, des conflits entremêlés et envenimés par les conjoints et leurs ex, mais de trois victimes pris dans un engrenage infernal.

Nous ne parlions que de maintenant, de ce que vivait leur enfant, otage de cet engrenage.

Il était nécessaire de les réinstaller dans leur parentalité oubliée puis de trouver la meilleure organisation possible.

L’honneur et l’orgueil de chacun a pu être ainsi préservé officiellement et le soulagement a été immédiat.
Et une organisation fut trouvée et mise en place.

Puis, la communication a pu s’instaurer et la vie de cet enfant et des deux familles en a été transformée grâce à l’effet domino évoqué dans mon article précédent.
Poussés par les nouvelles circonstances, chacun des conjoints dû faire une démarche similaire pour les autres enfants.

Dans ce dossier, comme dans d’autres, il fut possible de demander un report d’audience de trois mois pour permettre un délai de mise à l’essai de cette organisation.
Ce report fut demandé par sécurité, car en réalité, toute organisation peut être modifiée, sans l’avis d’un juge, si les deux parents sont d’accord.

Le jugement n’est nécessaire que pour pouvoir s’en prévaloir ou le faire appliquer par les autorités de police et de justice, quand il y a conflit.

Un an plus tard, j’ai reçu un appel de cette famille pour me remercier et me témoigner du changement dans leurs relations et surtout du soulagement et de l’épanouissement de leur enfant dans un contexte enfin apaisé.

Il ne faut jamais croire qu’il est trop tard pour admettre une erreur quand on est parent.
Même après le pire et devenu adulte, un enfant reste toujours en désir, si ce n’est en besoin, de reconnaissance et de guérison d’un manqué parental. Nous en sommes tous, plus ou moins, là.