La médiation familiale et l’accord des deux parents – Part 2

Un accord obligatoire ?

 

 

Dans sa description officielle, le processus de médiation est basé sur l’adhésion des deux parents.

L’objectif de la médiation étant de permettre aux parents qui se séparent de définir ensemble la meilleure organisation possible pour les enfants et pour la famille. Mais ceci alors qu’un profond désaccord les amène au chamboulement total de la famille.

Ce contexte rend cette étape compliquée et l’aide d’un tiers est alors primordiale. Cette personne est là pour représenter l’enfant ou la fratrie.

Souvent les juges me demandaient quel était, pour moi, le principal critère qui me faisait estimer qu’une médiation était possible ou non dans un dossier.

A leur grande surprise, je répondais que c’était une question de niveau d’affect.

En effet, un conflit vécu avec de l’émotion, même si elle est souvent mauvaise conseillère au début, est un conflit qui est abordable et auquel des réponses peuvent être apportées.

En revanche, un conflit vécu froidement, dans la plus grande indifférence des conséquences, par pur orgueil et par vengeance, n’a que bien peu de possibilité de trouver une solution grâce à la médiation.

De plus, dans ces conditions, elle peut devenir une arme de manipulation.  

Et cette catégorie de dossiers n’est pas des moindres dans l’encombrement des juridictions en charge des affaires familiales. Ces sont surtout les situations qui engendrent beaucoup de souffrances pour les enfants et le conjoint victime.

Ainsi, une médiation représente l’espace, le moment où, malgré tous les conflits et toutes les douleurs qui ont conduit à la rupture du couple, l’intérêt des enfants et l’amour que chacun des parents leur porte les réuniront pour l’avenir de la famille.

Mais c’est le malgré qui pose problèmes et qui est un grand frein à la démarche vers une médiation.

Pendant mes 15 années de collaboration avec les Juges aux Affaires Familiales, j’ai eu deux casquettes : médiatrice et enquêtrice. J’étais mandatée pour effectuer des médiations et dans ce cas, les deux parents avaient donné leur accord pour, au moins, un 1er rendez-vous d’information et de prise de contact.

Et en parallèle, pour des dossiers très conflictuels, j’étais mandatée dans le cadre d’expertises sociales. Dans ce cas, les rendez-vous se faisaient chez chacun des parents. Ils n’avaient pas à se rencontrer.

J’ai pu constater que ces dossiers d’expertises pour lesquels personne n’osait miser sur une médiation, car trop conflictuels, étaient ceux qui ont connu un bon pourcentage de réussites. Particulièrement pour des dossiers pris très tôt, quand le conflit était dans sa période de pointe, ou au contraire dans le cas de procédures qui duraient depuis plusieurs années. En effet, dans ce cas, l’usure du conflit et les conséquences déstabilisantes pour les enfants sont d’une grande aide pour régler la situation. Quand la séparation a fini par devenir du passé car la vie a continué son cycle. Quand la réalité et la vie ont eu raison de l’égo et de sa rancœur. Mais que de temps perdu, de moments gâchés et d’épreuves injustes pour l’enfant.

Le paradoxe était que dans ces affaires familiales, je parvenais à des accords et même à des rencontres, alors que le principe de l’acceptation de la démarche n’était pas demandé. En effet, l’accord des deux parents n’était pas le préalable à mon intervention et pouvait s’envisager ensuite, quand le conflit avait été d’abord verbalisé, nommé et reconnu et pourquoi pas accepté par chacun de son côté.

Peu importe les conditions, pour l’enfant ; ce n’est pas l’accord préalable qui est primordial, mais bien l’accord ou la solution finalement trouvée pour une organisation respectueuse de ses besoins.

C’est pourquoi, la médiation en devenant obligatoire va peut-être devoir évoluer vers une pratique moins « optimiste », moins exigeante sur le principe de l’accord préalable.

De plus, ma pratique m’a également confirmé le pouvoir de l’effet domino, bien connu en psychologie.

 

 

Ainsi, l’aide apportée à un seul des parents, dans le cas d’impossibilité totale de dialogue avec l’autre, peut être porteuse d’améliorations notables dans la situation vécue par l’enfant ou la fratrie.

Et n’est-ce pas le premier but recherché ?

Montesquieu disait : « le mieux est l’ennemi mortel du bien ».

Dans mon prochain article, je reviendrai sur le lien entre médiation et autorité parentale dans la 3ieme partie.