Parentalité déficiente – Préserver son enfant à tout prix ?

Relation parent/enfant – Le principe de bienveillance

 

 

Le principe de bienveillance qui veut préserver l’enfant par une bonne image paternelle ou maternelle peut aussi devenir totalement préjudiciable.
En effet, la notion de préserver induit que quelque chose perturbe ou pourrait perturber l’enfant.
Pour lui éviter cette expérience douloureuse, le parent bienveillant ne lui dit pas la vérité, lui ment en trouvant des excuses ou des fausses justifications.

Dans le contexte d’une relation difficile ou absente entre un enfant et l’un de ses parents, la question de l’intérêt de l’enfant se présente à l’autre parent et en toute spontanéité, il ou elle cherchera à défendre l’image du parent déficient et ainsi éviter que l’enfant souffre.

Bien souvent, le parent qui enjolive la réalité pour protéger son enfant commence par se mentir à lui-même. Il est très difficile de réaliser et d’assumer que l’on a choisi ou donné un parent déficient à son enfant, surtout quand le manquement n’est pas lié à un évènement mais à un vécu permanent.
C’est une honte sournoise qui impliquera consciemment ou non de la culpabilité et une implication supplémentaire de la part de ce parent bienveillant envers l’enfant, un surinvestissement. Il ou elle cherchera à compenser.

Bien sûr, un parent déficient est un enfant qui n’a pas guéri d’une souffrance, d’un manque qui a perturbé durablement sa construction et qui a induit son comportement parental nocif et douloureux pour l’enfant.

Il arrive également qu’un parent devienne déficient à la suite d’un évènement comme une séparation parentale, une perte d’emploi, une dépression, un deuil.
Cette problématique peut n’être que passagère pour le parent et dans cette circonstance, le principe de bienveillance est important, en relativisant le comportement et la situation dans la prise en considération du vécu de l’enfant.

Car la difficulté pour cet enfant est qu’il souffre émotionnellement du comportement ou des conséquences du comportement du parent déficient.
Et il ne peut s’exprimer ou se rebeller puisque le parent bienveillant défend l’autre parent et dit à l’enfant qu’il a tort, qu’il se trompe, qu’il ne doit pas être perturbé, que tout est normal.
Ainsi l’enfant reste seul face à sa tristesse, sa colère et son incompréhension. C’est ainsi que toutes ces émotions refoulées vont finir par le submerger.

L’enfant ou l’adolescent risque alors de retourner cette violence contre lui-même, par la maladie (mal-à-dire), par la recherche du danger, par l’automutilation, dans la drogue et/ou dans la délinquance, à la recherche d’un exutoire à cette tension trop forte.

La déficience du parent doit être dite et la douleur de l’enfant doit être reconnue pour ensuite pouvoir être acceptée ou non, selon sa nature et ses conséquences pour l’enfant.
Un parent en prison, donc déficient, peut avoir été et être un super papa ou une super maman pour l’enfant.

L’enfant ne porte pas de jugement sur un parent qu’il aime. Il ne raisonne pas encore avec les mêmes critères que les adultes : la morale, la loi et le qu’en-dira-t-on ne sont pas encore des connections en place.
Il peut comprendre que son père ou sa mère, qui n’est pas parfait(e), a fait une erreur et qu’il doit en subir les conséquences. Le parent est momentanément déficient, par son absence par exemple, mais pas dans son émotionnel.

Si, pour préserver la construction de l’enfant et l’image parentale, on lui explique que son père est parti, l’enfant vivra alors un abandon et le lien sera rompu et restera à jamais douloureux.
Faire disparaître de la vie d’un enfant un parent jugé déficient est un remède pire que le mal.

Dans le cas d’un parent déficient par absence de sentiments, d’intérêt pour l’enfant, il est tout aussi néfaste de lui cacher la vérité.
Il subira déjà assez ce manque de reconnaissance et souvent toute sa vie.
Il est donc primordial de reconnaître sa souffrance et de ne pas nier les raisons de cette souffrance. L’enfant a besoin d’être soutenu et accompagner d’abord pour le convaincre qu’il n’est pas responsable, le convaincre qu’il est aimable, et l’aider à se construire avec ce manque, ce handicap.

C’est le problème des mensonges, des non-dits ou des secrets envers les enfants.
Pour éviter un écueil, on les mène au naufrage.
L’enfant se construit sur du faux, les matériaux ne sont pas solides et lorsqu’il le découvre ou le comprend, toute la construction est ébranlée au mieux et s’écroule, au pire. Et cela, quel que soit l’âge auquel intervient la révélation, même adulte, il devra se reconstruire sur le vrai et il perdra la confiance qu’il avait dans le parent qui se voulait « bienfaiteur » et lui a menti et volé son histoire.

Un enfant a besoin de la vérité sur son histoire intime pour devenir un adulte stable, malgré ses manques.
Aussi difficile que soit cette vérité, elle sera sûrement moins destructrice que le mensonge ou l’imaginaire de l’enfant quand rien ne lui est dit.