Relation Parents/Enfant : Votre enfant est dans la provocation ?

 La provocation est le signe d’un conflit intérieur douloureux

 

A partir de 4/5 ans, un enfant peut devenir très provocateur.

Il ne faut cependant pas confondre turbulence et provocation.
En effet, être turbulent peut qualifier un enfant qui, poussé par un tempérament de découvreur impatient, va à l’occasion de ses expérimentations faire des bêtises. C’est, dans ce cas, le profil d’un enfant qui va très bien même si le canaliser n’est pas toujours de tout repos pour les parents.

N’oublions jamais que la bêtise fait partie de l’apprentissage.
Il s’agit donc de réagir le plus calmement possible, mais sans minimiser ni taire la conséquence de la bêtise.

La réparation est un élément qui peut aider l’enfant à prendre conscience des conséquences d’une bêtise, quand c’est possible.  Par exemple si l’enfant à gribouillé un mur, il devra contribuer à le remettre en état sur un temps où il aurait normalement regardé un dessin animé, ou serait sorti jouer.

Mais cela ne doit pas être une punition, seulement la conséquence de la bêtise d’un enfant un peu trop intrépide.
C’est sa bêtise qui entraîne sa frustration, mais son caractère n’est pas contré, juste mis en face des conséquences.
Puis, il sera possible de lui proposer d’épingler des grandes feuilles de papier sur son mur afin qu’il puisse gribouiller tout à sa créativité.

Il ne faut pas confondre non plus provocation avec la période d’opposition naturelle, de désobéissance, qui s’exprime entre 2 et 3 ans.
Dans la période d’opposition l’enfant teste son pouvoir, cherche les limites.

Mais quand ses comportements prennent presque systématiquement la forme d’une provocation, alors l’enfant se débat dans un conflit intérieur.

La provocation est l’expression du besoin de l’enfant d’attirer l’attention sur lui pour se rassurer sur l’amour du parent.

Est-ce que tu vas m’aimer si je fais des bêtises, et jusqu’où ?
Et/ou,
Est-ce que tu préfères l’autre à moi ? L’autre pouvant être un nouveau conjoint dans la vie du parent, un enfant du nouveau conjoint qui lui va vivre avec le parent alors que l’enfant ne voit son parent qu’un week-end sur deux.

La  provocation peut également être l’expression du douloureux conflit de loyauté
Je te provoque, je t’agresse car je ne peux pas m’autoriser à t’aimer et à être gentil (le) sinon je suis déloyal (e) et je vais perdre aussi l’amour de mon parent victime.

Si le parent commence par crier, se fâcher et punir l’enfant, par exemple en l’envoyant dans sa chambre et en le privant de dessins animés, l’enfant enregistrera une émotion qui ne fera que confirmer sa crainte. Son parent est méchant parce qu’il ne l’aime pas. Il continuera très certainement la provocation qui met son parent en colère, par rancœur, par vengeance mais aussi et toujours par peur de ne plus exister pour le parent.
Un enfant préfère de la colère, ou même une fessée que de ne rien susciter.
Un enfant peut préférer être battu que d’être séparé du parent qui le frappe.

Alors il recommencera.
La provocation devient le lien qui l’unit à un ou à ses deux parents.

Crier et punir est un modèle relationnel basé sur la violence et la contrainte.
En revanche, si le parent dit très calmement à l’enfant qu’il n’est pas content du tout de la provocation mais comprend qu’il vit mal quelque chose, et instaure immédiatement un dialogue sur le malaise, cela peut permettre de désamorcer le processus et calmer l’inquiétude de l’enfant.

Son malaise, sa peur peut être liée à plus d’absences du parent concerné, une mère qui travaille plus depuis la nouvelle organisation, une mère débordée concrètement ou psychologiquement et qui est moins disponible, un père qu’il ne voit que tous les 15 jours. Et même compté en nombre de dodos, ce délai ne peut pas être concret pour un petit enfant.

Le plus souvent le parent ne peut pas changer les circonstances, mais en posant le manque de l’enfant avec lui, en lui disant qu’il entend sa difficulté, il fait vivre le lien que l’enfant réclame.

Il est difficile de câliner un enfant qui vient de vous provoquer, cela peut outrer beaucoup de parents, et pourtant, dans de nombreux cas, c’est le remède.
Il est tout à fait possible de continuer ce moment par la phase de la collaboration à la réparation de la bêtise. Cela dépend de la bêtise et de l’ampleur du problème.

Les mots et le ton du parent en colère peuvent également avoir des répercussions que nous ne soupçonnons pas.
Le parent peut penser avoir peut-être un peu vexé l’enfant, alors que l’enfant a été blessé beaucoup plus cruellement.

La comparaison est une des erreurs qu’il faut éviter. Un autre est donné en exemple. Cette expression du souhait du parent est perçue comme une dévalorisation et s’accompagne immédiatement d’une angoisse de désamour.
L’autre est préféré, ce qui induira aussi dans la plupart des cas, de la jalousie.

Si les provocations sont liées à un problème de jalousie, l’enfant a peur de perdre l’amour du parent qui lui préférerait un autre que lui.  L’enfant a besoin d’être rassuré et d’être différencié des autres. Il est souvent salutaire d’organiser un moment une fois par semaine, par exemple, une activité, un loisir que le parent pratique seul avec l’enfant, comme il le fera avec ses autres enfants autour d’une autre activité, d’un autre besoin.

En lui expliquant qu’il est unique et que le lien qui les unit est irremplaçable et durera toujours, l’enfant peux ainsi se sentir reconnu, individualisé.
Il est plus aisé ainsi d’amener l’enfant à réaliser que lui aussi aime plusieurs personnes, son autre parent ou/et son frère ou sœur avec qui il a aussi des liens.

Suggérons à l’enfant que l’amour est un sentiment de partage, et que plus on le partage, plus on en reçoit. Il aimera toujours son parent mais cela ne l’empêchera pas d’aimer beaucoup d’autres personnes dans sa vie.

Le processus conflictuel qui engendre la provocation chez l’enfant n’est, en réalité, pas différent de celui vécu par l’adulte. La provocation est le signe d’un déficit de confiance en soi et en l’autre.